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Interview : les conseils de Sylvaine Pascual, coach spécialisée en reconversion professionnelle

Nous vous en parlons dans notre article “Les nouveaux artisans, la génération qui monte !”.

Jamais la reconversion professionnelle n’a suscité autant d’engouement et autant de discussions.

Pour comprendre ce phénomène, nous sommes allés à la rencontre de Sylvaine Pascual, coach spécialisée dans la reconversion professionnelle.

Décryptage.

Sylvaine-Pascual

Sylvaine, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Dans une vie antérieure, j’ai été professeure en prépa. Au bout de deux ans, j’ai fait un constat simple : mes élèves étaient très sympas et intéressants, j’avais un niveau de vie confortable, je bénéficiais d’un certain prestige dû à ma profession, mais je m’ennuyais car je ne me sentais pas intellectuellement stimulée.

De plus, je n’étais pas assez passionnée par la pédagogie universitaire pour avoir envie de m’investir davantage. J’avais envie de changer de voie, mais comme beaucoup de monde, je me trouvais des tas d’excuses pour ne pas sauter le pas : peur de l’inconnu, baisse du niveau de vie, remboursement d’emprunt…

Suite à un événement dans ma vie personnelle, je n’ai pas pu travailler pendant deux ans et ça a produit un déclic. En réfléchissant à mes élèves, je me suis rendue compte que la plupart d’entre eux étaient toujours mal à l’aise à l’oral, même après deux ou trois ans de prépa.

J’ai donc décidé de me former au coaching pour les aider et j’ai eu un vrai coup de coeur pour cette activité. J’ai alors décidé de quitter l’enseignement pour me lancer à plein de temps dans le coaching.

D'abord dans une société spécialisée où je gérais une équipe de quinze formateurs. Ca m’a permis de voir l’entreprise de l’intérieur, chose qu’on n’a pas vraiment l’occasion de voir quand on est prof. J’ai appris plein d’aspects essentiels à l’entreprise, le management et la gestion d'équipes entre autres.

Puis je suis devenue indépendante quand je me suis rendue compte que je n’étais pas forcément en accord avec les techniques de coaching de mon entreprise.  

Au fur et à mesure, je me suis spécialisée dans la reconversion professionnelle. C’est parti d’une série d’articles un peu décalée que j’avais écrite sur le sujet. A l’époque, on était très méfiants envers la reconversion professionnelle et j’essayais d’avoir un discours différent, plus positif et moins moralisateur.  Ca a fait mouche et j’ai commencé à constituer une clientèle.  

Et surtout, la reconversion professionnelle est un sujet complexe, passionnant et avec lequel je ne me suis plus jamais ennuyée !

On a le sentiment que la reconversion professionnelle est l’un des grands enjeux des années 2010, qu’en pensez-vous et comment expliquer ce phénomène ?

La reconversion professionnelle a toujours existé, mais oui vous avez raison, c’est l’un des grands sujets des années 2010 et plus particulièrement à partir de 2011. Cette année-là, certains organismes - plus ou moins sérieux - ont flairé un marché et se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont fait parler d’eux en utilisant Internet, en produisant du contenu et en étant présents sur les réseaux sociaux.

Le résultat, c’est que la reconversion est devenue un sujet dont on parle beaucoup plus aujourd’hui, notamment dans la presse.

Mais est-ce que le nombre de reconversions a augmenté de manière fulgurante depuis 2011 ?

Difficile à dire ! En effet, on dispose de très peu de statistiques précises sur la reconversion. Simplement parce qu’il est difficile de définir ce terme. Les études ont tendance à mettre dans le même sac la mobilité, autrement dit, changer de secteur, avec la même activité et la reconversion professionnelle. De plus, entre s’intéresser à un autre métier et entamer une formation, il y a une grosse différence.

Pour autant, l’intérêt pour le sujet est indéniable, en particulier depuis que le phénomène de burn-out (épuisement professionnel) est connu et qu’il incite les gens à un changement de métier. Mais combien se réorientent vraiment ?

Même constat chez les jeunes diplômés : selon l’APEC, 14% d’entre eux ont changé d'orientation deux ans après l’obtention de leur diplôme. Mais encore une fois, comment définir le changement d’orientation ?

Ce que je peux vous dire, c’est que ces dernières années, ma clientèle a sensiblement rajeuni et compte plus de 50% de personnes de moins de trente-cinq ans.

Beaucoup de “reconvertis” - aussi bien chez les jeunes diplômés que chez les cadres - s’orientent vers l’artisanat. Comment l’expliquer ?

L’artisanat a toujours intéressé, en particulier pour une reconversion professionnelle.

Savez-vous que 39 ans est l’âge moyen des nouveaux artisans ?

On en parle beaucoup plus aujourd’hui car des phénomènes comme le burn-out ont fait leur apparition dans la presse et ont permis de découvrir des profils de cadres qui se lançaient dans l’artisanat.

L’artisanat interpelle car on a le sentiment d’apporter sa contribution contrairement à une grosse boite où l’on est souvent un tout petit maillon de la chaîne. Cette quête de plus de sens et d'authenticité n’est pas nouvelle, elle est juste plus exposée.  

Du côté des jeunes diplômés, c’est légèrement différent. C’est une génération qui a les défauts de ses qualités : ils sont impatients et désirent une satisfaction immédiate. Par conséquent, ils ne vivotent pas vingt ans dans une entreprise où le poste est confortable mais ne leur plait pas. Ils foncent !

D’autre part, l’évolution des métiers de l’artisanat provoque un intérêt accru. Internet permet en effet une hybridation des métiers. Aujourd’hui, un artisan peut vendre ses produits sur Internet et devenir aussi commerçant. Cette évolution est un aspect intéressant et motivant pour ceux qui choisissent de se reconvertir.

 

Quels sont les atouts de ces néo-artisans ? Comment sont-ils accueillis dans le secteur ?

Ils sont très bien accueillis car ils apportent de nouvelles compétences, de nouveaux savoir-faire, qui se greffent à l'artisanat. Par exemple, ce sont des profils qui ont souvent de l’expérience en gestion d’entreprise et en management.

Ils apprennent très vite toutes les facettes du métier d’un artisan, aussi bien la pratique que les aspects humains et administratifs. Ainsi, ils peuvent contribuer à faire grandir une TPE grâce à ces qualités.

Quels sont les défis que peuvent avoir à relever ces néo-artisans dans la pratique de leur nouveau métier ?

Je vois 3 grands défis :

La formation : pas toujours simple de retourner à l’école pour apprendre un nouveau métier et d’étudier avec des très jeunes, parfois d’un autre milieu socioculturel et qui ont emprunté cette filière par défaut. Il y a souvent un décalage et passer au-delà est un vrai défi.

L’illusion du bonheur : Il n’y a aucun métier qui rende heureux, juste des façons de l'exercer. Je pense notamment à un menuisier qui voulait faire des choses très créatives et qui s’est retrouvé à fabriquer des placards en série pour pouvoir vivre. Deux ans plus tard, il mettait la clef sous la porte. Il est essentiel d’anticiper, de s’assurer qu’on va exercer son métier avec plaisir. Aussi, il est important d’avoir bien mesuré en amont comment on veut développer son activité pour qu’elle corresponde à nos attentes.

Le choix des tarifs : je rencontre énormément de nouveaux artisans qui ont du mal à fixer leurs tarifs et qui, par exemple,  ne prennent  pas en compte le temps pris par les aspects administratifs de leur métier. Résultats : des chiffres d’affaires très bas et une activité qui a du mal à démarrer.

Enfin, le choix du statut pour les artisans et les commerçants. La micro-entreprise par exemple, ne permet pas de déduire les charges quand on achète de la matière première. Cela peut vite devenir un problème.

Se lancer, c’est bien se préparer ! Il ne faut pas hésiter à faire appel à des professionnels de la communication, de la comptabilité et à se renseigner auprès des Chambres des métiers qui proposent des formations très utiles.

La reconversion professionnelle est-elle une opportunité pour monter sa TPE ?

C’est de plus en plus le cas !

On l’évoquait tout à l’heure, la dégradation des ambiances dans les entreprises pousse les gens à être leur propre patron.  

Mais encore une fois, attention aux illusions ! Un client peut en effet être plus exigeant qu’un patron !

 

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se reconvertir et lancer leur TPE ?

Tout d’abord, explorer ses envies. Quand un métier nous intéresse, ça n’engage à rien de se renseigner, d’interroger des professionnels… On confond souvent “reconversion” et “désir de reconversion”. La reconversion commence quand il y a une formation, pas quand on se renseigne.

Enfin,  s’autoriser à renoncer à tout moment quand on identifie qu’un métier n’est pas fait pour nous.

On a le droit de se tromper !

Enfin, en tant que coach, quel bilan tirez-vous des parcours des personnes que vous accompagnez ?

Un quart des personnes que je rencontre ne ressent pas vraiment un désir de reconversion, mais plutôt un désamour pour leur entreprise et pour leurs conditions de travail.

Un vrai travail de fond s’impose pour faire le tri et aboutir à un vrai projet professionnel. Et pour ceux qui sautent le pas et se reconvertissent, je n’en connais aucun qui ait regretté son choix !
 

Pour en savoir plus sur Sylvaine Pascual et la consulter, n’hésitez pas à la contacter.

Et vous, comment avez-vous préparé votre reconversion professionnelle ?