

Grange solaire : stocker, sécher et produire de l'énergie depuis son toit
Le séchage en grange est né en montagne, où les précipitations fréquentes laissent peu de fenêtres favorables pour sécher le fourrage au champ. Depuis, la technique a largement dépassé les massifs. Bretagne, Normandie, Massif central, Pays de la Loire etc.
Le séchage en grange répond à un besoin concret partout où la météo est capricieuse et l'élevage est présent. La grange solaire va plus loin : elle intègre une toiture photovoltaïque qui produit l'électricité nécessaire au séchoir et récupère la chaleur du soleil pour accélérer la déshydratation. Fonctionnement, bénéfices agronomiques, intérêt économique : voici ce qu'il faut savoir.
Grange solaire, qu’est-ce que c’est ?
Une grange solaire est un bâtiment agricole dont la toiture est équipée de modules solaires. Ces derniers remplissent deux fonctions simultanément :
Produire de l'électricité pour alimenter les équipements du séchoir.
Récupérer la chaleur dégagée sous les panneaux pour réchauffer l'air insufflé dans le fourrage.
À l'intérieur, le bâtiment est aménagé spécifiquement pour le séchage. Le foin peut être stocké en vrac sur des caillebotis, dans des cellules. Il peut aussi être stocké et séché en bottes. Dans les installations de plus grande capacité, une griffe sur pont roulant charge les cellules et reprends le foin pour l'alimentation animale.
Un système thermovoltaïque au service du séchage en grange
Après la fauche, l’objectif est de rentrer le foin à 50-60% d’humidité et de finir le séchage en grange pour le faire passer à 18 %. Pour ce faire, une grange solaire s’appuie sur une technologie dite « thermovoltaïque ».
Elle combine panneaux photovoltaïques et capteurs solaires à air sur la même toiture. Les premiers captent l'énergie solaire et la transforment en électricité. Elle alimente les ventilateurs et le système de régulation du séchoir.
En parallèle, un caisson placé en sous-face des panneaux récupère l'air chaud généré par l'échauffement de la toiture. Cet air est ensuite redistribué à l’intérieur du bâtiment. Le différentiel de température atteint entre 5 à 8 °C par rapport à l'extérieur.
En traversant la masse de foin, l’air chaud évacue progressivement l'humidité et déshydrate l’herbe de façon homogène. Un système de régulation hygrométrique surveille en continu le processus.
Les risques de stocker un fourrage trop humide
Un foin stocké avec un taux d'humidité supérieur à 20 % continue de se dégrader. Les bactéries présentes dans le fourrage poursuivent leur activité. Elles dégagent de la chaleur et de la vapeur d'eau.
Le foin chauffe, moisit et perd sa valeur nutritive. Il devient, in fine, impropre à la consommation animale.
Dans les cas les plus graves, cet échauffement conduit à une combustion spontanée.
L'incendie de grange reste l'un des sinistres les plus fréquents en élevage. Le foin mal séché en est l'une des premières causes. Le séchage en grange supprime ce risque à la source.
L’amélioration des performances du troupeau au cœur du projet de séchage en grange
La qualité nutritionnelle de l'herbe est à son optimum quand la plante est jeune et les feuilles encore chargées en protéines, sucres solubles et vitamines.
C'est aussi la période où les fenêtres météo sont les plus étroites. Attendre que le fourrage sèche suffisamment au champ est un risque qui peut mettre en péril la qualité de la récolte.
Le séchage en grange change ce rapport au temps. Le fourrage est rentré plus rapidement, plus humide, au bon stade de maturité. Le séchoir prend le relai.
Dans des exploitations laitières équipées, des augmentations de production ont été relevées après la mise en service d'un séchoir. D’autres constatent une amélioration de la qualité du lait et ce, grâce à la distribution d’un fourrage de meilleure qualité.
Ce dernier point permet également de diminuer l’achat de concentrés extérieur. Cela peut être décisif en termes de rentabilité et d'autonomie fourragère, dans un contexte de hausse des prix des intrants.
Enfin, le chantier de fenaison est lui aussi allégé grâce à l’intégration du séchage en grange. La récolte peut intervenir plus tôt dans la journée, avec un fourrage plus humide.
Le temps consacré à ces travaux au moins d’avril peut passer de 4 à 5 jours à 2 à 3 jours. La réduction des coûts de fonctionnement et de travail atteint 10 à 15% selon une étude faite en Midi-Pyrénées.
Ce qu'il faut anticiper avant de se lancer dans un projet de séchage en grange solaire
Structurer son projet de séchage en grange solaire
Le dimensionnement du bâtiment doit être conduit avec un bureau d'étude pour adapter la surface de capteurs solaires à la surface des cellules de séchage.
Il vous donnera également une idée de la rentabilité du projet dans le temps.
La faisabilité réglementaire doit aussi être vérifiée en amont.
Elle dépend des différents zonages locaux : PLU en zone agricole, contraintes environnementales (Natura 2000, ZNIEFF, zones inondables etc.).
Enfin, vérifiez la proximité du réseau électrique. Idéalement il doit être au plus près pour maîtriser les coûts de raccordement. Le choix du montage financier est lui aussi structurant. Chaque option présente un profil de risque et un niveau d'implication différents.
Pensez enfin au risque assurantiel. Un bâtiment photovoltaïque contenant du fourrage à sécher représente un profil de risque incendie spécifique. Il est indispensable de consulter son assureur avant le lancement du projet.
Adapter son système fourrager pour profiter des bénéfices du séchage en grange
Adapter son système fourrager en amont est essentiel. Les espèces prairiales doivent être compatibles avec le séchage en grange.
Les espèces tétraploïdes, riches en eau, doivent être écartées. Une récolte en début d'épiaison pour les graminées et en début de bourgeonnement pour les légumineuses est déterminante.
Environ 48 heures au champ suffisent pour atteindre 50 à 65 % de matière sèche, ce qui permet de conserver un maximum de feuilles et de limiter la durée de séchage en grange.
Le foin ventilé est un fourrage riche dont le pilotage se fait au quotidien, en observant les refus, l'état des animaux et l'évolution des taux. Un suivi rigoureux conditionne la réussite zootechnique du projet.
La grange solaire, un outil au service de l'autonomie de l'exploitation
Face aux aléas climatiques et à la volatilité des prix de l'énergie, la grange solaire offre aux éleveurs une réponse structurante.
Elle améliore la qualité du fourrage, sécurise le stockage, réduit la dépendance aux intrants extérieurs et peut même améliorer les performances du troupeau.
Comme pour l'agrivoltaïsme ou les autres usages du photovoltaïque en milieu agricole, l'enjeu est de bien dimensionner le projet dès le départ et de ne rien laisser au hasard : terrain, besoins fourragers, montage financier, contraintes réglementaires et couverture assurantielle.
Maîtriser l'ensemble de ces dimensions conditionne la réussite du projet. S’appuyer sur des partenaires capables d'accompagner chaque étape, du dimensionnement aux démarches administratives, reste le meilleur gage de sérénité.
Sources :
