

Les vignerons ont-ils intérêt à adopter l’autoconsommation solaire ?
Pour les exploitations viticoles, l’énergie représente un sujet majeur en été et au début de l’automne. De fait, l’autoconsommation photovoltaïque intéresse de plus en plus de vignerons. L’idée n’est pas seulement de produire une énergie plus verte mais aussi de mieux maîtriser une partie de ses charges, de réduire sa dépendance au réseau et de valoriser les surfaces du domaine. Un vigneron du sud de la France nous aide à y voir plus clair.
Les pics de consommation d’un domaine viticole interviennent souvent entre août et octobre, au moment des vendanges et des premières étapes de vinification.
Or, cette période correspond à une production solaire importante, surtout dans les régions du sud, de l’ouest ou du centre de la France.
Pour certains domaines, l’écart de consommation entre une période normale et la période de vendanges peut être très important.
« En période de rush énergétique, soit lors des mois d’août, septembre et octobre, notre consommation est multipliée par cinq voire par dix ».
Explique un vigneron installé dans le sud de la France. Dans ce cas, produire une partie de son électricité sur place permet d’absorber une partie des besoins au lieu de dépendre uniquement de l’électricité achetée sur le réseau.
L’intérêt du solaire est d’autant plus fort que les besoins viticoles (refroidir un chai, ventiler un bâtiment, maintenir une température stable dans un entrepôt...) interviennent pendant la journée.
Plus la consommation du domaine est calée sur les heures de production solaire, plus le taux d’autoconsommation peut être intéressant...
Réduire les coûts, mais aussi sécuriser la qualité
L’argument économique reste central.
L’autoconsommation permet d’utiliser directement une partie de l’électricité produite. Cette électricité n’est pas « gratuite », puisqu’il faut financer l’installation ou l’entretien, mais une fois le projet amorti, chaque kilowattheure consommé sur place réduit la part d’énergie achetée.
Pour un vigneron, cette logique peut avoir un effet très concret sur l’exploitation. Elle permet de mieux climatiser un entrepôt, de sécuriser une cave pendant les périodes de forte chaleur ou de maintenir de meilleures conditions de conservation des bouteilles.
« L’électricité devient presque psychologiquement gratuite : on climatise enfin correctement l’entrepôt, les vins sont mieux conservés et le stock est sécurisé », résume le vigneron.
Ce point est important. Dans le vin, une bonne gestion de l’énergie a un impact direct la qualité du produit.
Un levier environnemental et commercial
L’autoconsommation solaire s’inscrit aussi dans une démarche environnementale. Les exploitations viticoles sont déjà exposées aux effets du changement climatique comme la sécheresse, le stress hydrique, les vendanges précoces etc.
En conséquence, la production d’une partie de son énergie sur site prouve un engagement dans une démarche responsable.
Cet engagement peut avoir un vrai intérêt commercial puisque la performance environnementale devient un critère valorisé par certains distributeurs, importateurs ou restaurateurs.
Elle ne suffit évidemment pas à vendre un vin, mais elle peut soutenir un positionnement de qualité, surtout lorsque le domaine travaille déjà sur le bio, la réduction des intrants ou la biodiversité.
Comment fonctionne l’autoconsommation ?
On peut schématiser en cinq grandes étapes :
N°1 : Des panneaux photovoltaïques sont installés sur une toiture ou un autre support adapté.
N°2 : L’électricité produite est utilisée en priorité par le domaine.
N°3 : Lorsque la production solaire correspond à la consommation du domaine, l’électricité est directement autoconsommée.
N°4 : Lorsque la production est insuffisante, le domaine complète avec l’électricité du réseau.
N°5 : Lorsque la production dépasse les besoins instantanés, le surplus peut être injecté sur le réseau.
Quels sont les différents modèles ?
L’autoconsommation individuelle est la plus simple : l’électricité produite sert directement à alimenter l’exploitation.
L’autoconsommation avec vente du surplus permet de valoriser l’électricité non consommée.
L’autoconsommation collective peut, dans certains cas, permettre de partager la production entre plusieurs sites ou acteurs proches.
Comment se lancer ?
Avant d’installer des panneaux photovoltaïques, le point clé est le dimensionnement.
Un bon projet doit partir des consommations réelles du domaine.
Comment ? Il faut regarder quand l’électricité est consommée, avec quels pics en fonction des saisons et quelles sont les marges d’optimisation.
Il faut ensuite étudier les surfaces disponibles, l’orientation des toitures, leur état, la solidité des charpentes, les contraintes d’urbanisme, mais aussi les besoins de raccordement.
Souvent, des travaux de structure s’avèrent nécessaires.
« Le supplément charpente entrait dans un dispositif d’aide. Avec la baisse importante des coûts d’installation, c’est aussi ce qui nous a décidés », témoigne le vigneron.
Les aides et dispositifs d’accompagnement évoluent régulièrement. Il est conseillé de vérifier les conditions au moment du projet plutôt que de raisonner sur des informations anciennes.
Le plus important reste de construire une installation adaptée au domaine, et non de chercher la plus grande puissance possible : « Une installation trop importante peut produire beaucoup de surplus mal valorisé. Une installation trop petite peut manquer une partie du potentiel d’économies. »
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