

Déconstruire les idées reçues sur la méthanisation
Parmi les facteurs de réussite d’un projet de méthanisation, l’acceptabilité sociétale est primordiale. Négliger la communication, c’est prendre le risque de voir un projet péricliter avant même le premier coup de pelle. Or, depuis quelques années, de nombreuses idées reçues circulent à propos de la méthanisation : dangerosité pour l’environnement, nuisance sonore, odeurs…
Voici quelques arguments pour aider les porteurs de projets de méthanisation (agriculteurs, collectivités ou entreprises) à dialoguer et déconstruire les préjugés.
Rappel de la définition de la méthanisation
La méthanisation est un processus naturel biologique. La matière organique animale et/ou végétale est dégradée par des micro-organismes en l’absence d’oxygène. C’est la digestion anaérobie. Grâce à des installations dédiées, les agriculteurs ou autres porteurs de projet (entreprises agroalimentaires, fournisseurs d’énergie, collectivités…) reproduisent ce processus dans des conditions contrôlées, afin de produire du biogaz.
Le biométhane peut ensuite être injecté dans le réseau de gaz de ville.
“La production de biogaz génère de mauvaises odeurs”
Dans une unité de méthanisation, la matière organique est décomposée par des microorganismes qui produisent du biogaz en l’absence totale d’oxygène (processus anaérobie). Ces microorganismes sont placés dans des digesteurs. Ces grandes cuves hermétiques fonctionnent en circuit fermé. Résultat : aucune émanation vers l’extérieur, donc pas d’odeurs.
Quant au produit organique obtenu après l’extraction du biogaz – le digestat – il ressort stabilisé et nettement désodorisé. Il est alors comparable à un compost arrivé à maturation.
Comment éviter les nuisances liées aux matières entrantes ?
Les éventuelles nuisances olfactives observées sur certains sites proviennent en réalité des matières apportées avant leur traitement (fumiers, lisiers, etc.) ou de leur manipulation. D’où l’importance de bien gérer ces étapes et d’adapter les installations selon les besoins. Voici quelques exemples d’actions à mettre en place :
En cas d’approvisionnement en matières liquides odorantes : transportez-les dans des citernes fermées
Si besoin, déchargez les matières à l’intérieur d’un bâtiment de réception doté d’un biofiltre pour traiter l’air vicié
“La méthanisation utilise des cultures dédiées et fait donc concurrence à la production alimentaire”
La réglementation veille à ce que ça ne se produise pas. En France, il est interdit de dépasser 15 % de cultures alimentaires dans le tonnage total de la ration.
Selon leur taille, certaines centrales doivent répondre à la certification RED II. C’est le cas des unités de méthanisation de plus de 19,5 GWh/an, soit plus de 200 Nm3/h environ en injection ou 2 MW (800 kWe) en co-génération.
Ce référentiel impose un calcul global de durabilité du site de méthanisation. Il est basé sur des critères en lien avec le type, l’origine et les conditions d’exploitations des intrants.
“Les épandages de digestat polluent les sols et sous-sols”
Dès lors qu’une exploitation agricole est soumise au titre des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE), un plan d’épandage est obligatoire : analyse de la matière organique, analyse du sol, identification des parcelles recevant le digestat, doses, calendrier, distances vis-à-vis des zones sensibles…
Obligations liées au plan d’épandage
Par ailleurs, le digestat est considéré comme un déchet. La réglementation encadre donc strictement sa valorisation agronomique. Les obligations liées au plan d’épandage dépendent du régime ICPE (déclaration, enregistrement ou autorisation). Elles varient aussi en fonction des règlements départementaux : arrêtés préfectoraux, décrets d’application de la directive nitrate…
Bonnes pratiques d’épandage
En épandant le digestat avec du matériel permettant son enfouissement superficiel (pendillards, enfouisseur…), l’agriculteur réduit les risques de pertes d’azote dans l’air et dans les eaux de ruissellement, et donc les impacts sur l’environnement.
La qualité microbiologique est encadrée
Dès que l’unité de méthanisation traite des sous-produit animaux (lisiers, fumiers…), un agrément sanitaire est obligatoire pour encadrer la qualité microbiologique des digestats. Dans certains cas, une étape d’hygiénisation est même réalisée (chauffage à 70 °C pendant 1h) afin de contribuer à la qualité sanitaire.
Les avantages agronomiques du digestat
Les risques environnementaux liés au digestat peuvent donc être maîtrisés grâce à la réglementation et à de bonnes pratiques d’épandage. Notons également que le digestat offre des avantages agronomiques :
Réduction de l’usage d’engrais de synthèse et des impacts environnementaux liés à une utilisation intensive
Amélioration des propriétés physiques du sol : porosité, résistance à l’érosion, capacités de rétention de l’eau…
Réduction quasi-totale de la viabilité des graines d’adventices à la sortie du méthaniseur
“La méthanisation n’a aucun intérêt pour le territoire local”
La méthanisation représente une opportunité de production de gaz local et renouvelable propre à l’économie circulaire. Mais pas seulement !
En 2021, l’Etat français a recensé des externalités positives liées à la production de biogaz* :
diminution des émissions de gaz à effet de serre
effet favorable sur l’utilisation des réseaux gaziers locaux
impact favorable sur la qualité de l’eau
contribution à la résilience des exploitations agricoles
contribution à la gestion locale des biodéchets
création d’emplois locaux non-délocalisables directs et indirects
La méthanisation permet aussi de produire une énergie en continue en valorisant les réseaux de gaz pré-existants.
“Les unités de méthanisation sont dangereuses”
Une unité de méthanisation est en général moins exposée au risque d’incendie ou d’explosion qu’une installation de stockage de gaz naturel ou de pétrole. Mais, bien sûr, elle exige des précautions. Les sites sont donc équipés de détecteurs de gaz, de capteurs de pression du gaz, de soupapes, d’extincteurs, d’un dispositif de destruction du biogaz (ex : torchère)...
Un processus qui limite les risques
Dans les digesteurs, le biogaz est chargé d’humidité et n’est pas comprimé. Sa charge énergétique est donc très faible. Par ailleurs, quand il est collecté, le biogaz passe par des membranes souples (gazomètres) qui ne peuvent contenir que quelques heures de production. C’est l’équivalent d’une cuve de fioul de 2000 litres, comme il y en a dans beaucoup d’habitations. Enfin, une fois épuré, le biométhane est injecté en continu dans le réseau de gaz local. Il n’est donc jamais stocké sur le site.
“Le biométhane n’est pas si vert que ça”
Le processus de méthanisation produit une énergie renouvelable à partir de la biomasse. Les déchets organiques de l’exploitation agricole et/ou du territoire sont valorisés localement, en parcourant peu de distance.
En récupérant le biométhane contenu dans la matière organique, la méthanisation contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre. La matière sortant du méthaniseur, appelée digestat, retourne au sol par épandage.
Enfin, la méthanisation contribue à créer des emplois directs et indirects (salariés, livreurs, entreprises de travaux agricoles…) non délocalisables, participant ainsi à l’économie circulaire locale.
